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EXIT est une revue de poésie québécoise qui diffuse de la poésie contemporaine.  EXIT, espace de création et de liberté, publie quatre fois l'an des textes poétiques, en vers ou en prose.  EXIT s'ouvre à une poésie en prise directe sur son époque.

...sommaire

Présentation

Stéphane Despatie
La fêlure comme un éclair

Textes de

Christian Lemay
III – Où nous sommes

Camille Allaire

Hector Ruiz
Antidotes

Martin Labrosse
Mémoire des contours

Pierre Barette
Les élégies

Serge Lamothe
Pour dire avant la nuit (extraits)

Paolo Rufilli
Poèmes d’amour

Dialogue

Le journal de Valerio Magrelli ou le vivant surgissement des Non-mortes choses
Francis Catalano

Exit numéro 43

 

La fêlure comme un éclair

There is a crack in everything That’s how the light gets in.
Leonard Cohen, Anthem

Exit, no 43 Si, selon les poèmes de Serge Lamothe, « le soleil préfère / ne pas voir / ce qu’il éclaire / à peine », les mots de Pierre Barrette, qui parlent aussi du soleil, nous ramènent quant à eux à la faille : « La faille où s’enlise les voix fruitées / Dressées pour luire parmi les cendres » La faille, un thème qu’a également exploité Valerio Magrelli – dont Francis Catalano, son traducteur québécois, lui consacre ici un article dans la section Dialogue –, allant jusqu’à intituler l’un de ses livres : Le vase brisé. La faille, la fêlure ; un thème cher aux poètes autant fascinés par la issure, la cassure, que par la lumière qui y pénètre. Et si avec la lumière, vient habituellement la clarté, les poètes n’hésitent pourtant pas à s’abandonner à un genre qui, au-delà du sujet abordé, du questionnement ou du message livré, regroupe les mots et rassemble les sens de manière plutôt abstraite pour celui qui n’est pas un lecteur habituel de poésie.

« Instants brutaux / basculer / les uns sur les autres / main dans la main », écrit Camille Allaire, nous rappelant par le fait même, en mentionnant les mains, qu’abstraction ou pas, le poète va vers l’autre et touche. La scissure, ou suture, vient aussi souvent avec le concept même de fêlure. Car le poète veut faire des liaisons, des liens, comme il est toujours tenté par l’idée de réparation, ou encore, avec celle d’être le couvercle, d’écrire à la surface de ce qui contiendrait une ininité d’anfractuosités. Christian Lemay, rassemblant les mains, la fêlure (les rais) et la lumière, avance avec ces vers la notion de naissance : « je m’avance dans les rais de lumière / les mains sèches et la tête avide de te rencontrer / l’encre coule comme une naissance » On soupçonne des mondes, des naissances ou des images nouvelles dans les cavités profondes et irrégulières des crevasses. « Voici que le il des nuits / déroulées pour notre partage / se noue en un noir bouquet », écrit Martin Labrosse, qui nous entretient aussi de fente et de lumière, ou plus précisément, d’ombre, une autre conséquence de la lumière, même si « la nuit efface les contours », comme le dit Hector Ruiz. Et pour revenir aux instants brutaux de Camille Allaire, chaque choc amène une naissance, et, quand la lumière entre dans l’antre, non seulement provoque-t-elle un nouveau regard, mais le nouvel éclairage ne donne-t-il pas à voir une nouvelle illustration ? L’image même de la fêlure, finalement, nous ramène inévitablement au mariage de l’intériorité et de l’extériorité, ce qui, en soit, peut être une réussite, sinon un objectif ou une voie d’exploration intéressante.

Le présent numéro présente donc des poèmes de Camille Allaire, Pierre Barrette, Martin Labrosse, Serge Lamothe, Christian Lemay, Paolo Rufilli (dans une traduction de l’italien par notre collaborateur Francis Catalano) et Hector Ruiz, ainsi qu’une présentation par Francis Catalano de l’œuvre du poète italien Valerio Magrelli. Je vous invite donc à entrer dans les poèmes, et je laisse les mots de la in à Paolo Rufilli qui, lui, introduit dans la brèche une clef : « C’est l’amour / la seule clef / qui tout en ouvrant les cœurs / dilate les pores / et les issures / jusqu’à ce qu’ils deviennent brèches / passages et gorges, / alors qu’il noue / les figures. »

Bonne lecture!

Stéphane Despatie

 

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