Le numéro 57 d'Exit est en librairie
Ce numéro 57 réunit les textes des poètes Janie Handfield, Marie-Ève Comtois, Valérie Jacques-Bélair, François Charron
et Néstor Ulloa (traduits par Jacques Rancourt).
De plus, dans la section Passage, Jean-Pierre Pelletier présente Goh Poh Seng, poète d'origine malaisienne
ayant maintenant des ports d'attache à Vancouver, Montréal et Terre-Neuve.

En attendant la tempête
le froid est un train que l'on trouve assez lent
César Silva Márquez
ce cinéma-là nous le vivons
Serge Mongrain
C'est le moment de l'année où l'on se prépare au froid,
aux longues nuits et à la blancheur des jours. Après les
multiples rentrées littéraires de l'automne, les premières
fournées de salons du livre et les différents festivals, les
poètes reprennent la plume et se retrouvent enfin. Quel
étrange paradoxe dans lequel se trouve ce genre, qu'on dit
fragile, mais qui s'est doté de nombreuses institutions,
souvent en santé, et que la communauté littéraire questionne
si peu pourvu qu'on donne du financement à ses membres
ou qu'on les invite à différentes manifestations. Il semble
qu'on préfère se faire organiser (à lire dans tous les sens)
qu'organiser. On compose donc avec un certain silence,
un autre peut-être, que celui qui génère tant de poèmes.
Mais le silence n'est pas le calme plat : là aussi, il se prépare
parfois des tempêtes. N'en déplaise aux amateurs de beauté,
la poésie, qu'elle le fuit ou non, émane du quotidien. Elle
part de quelque part, de quelqu'un. Dans ce numéro, on
a voulu rassembler des voix bien distinctes, qui viennent
d'univers bien différents. Des poèmes de jeunes femmes,
ceux de Janie Handfield, Marie-Ève Comtois ou Valérie
Jacques-Bélair, côtoient donc des poèmes d'auteurs établis,
comme François Charron ou Goh Poh Seng, et d'auteurs
provenant d'horizons lointains du Québec, comme Néstor
Ulloa, du Honduras, et à nouveau, Goh Poh Seng. Né en
Malaisie, Goh Poh Seng, qui est l'invité de la section Passage,
fait partie de ces auteurs dont les nombreux déplacements
physiques provoquent inévitablement un effet sur
l'écriture, sinon dans sa forme, du moins dans son choix de sujet.
Goh Poh Seng, dont on connaît peu le travail au Québec,
fait la navette entre la Colombie-Britannique, le Québec
et et l'île de Terre-Neuve. Un de ses poèmes ("La Tempête à venir")
nous a inspiré le titre de cette introduction, et c'est à
la lecture des poèmes de Goh Poh Seng qu'Alain Reno doit lui
aussi son inspiration pour son illustration de ce numéro d'Exit. La
rencontre des esthétiques asiatique et nord-américaine,
telle qu'elle se lit chez ce poète, a soufflé à notre imaginaire ce
concept, sinon ce désir, de « prendre le thé au Labrador ».
Si l'idée dépasse la propre réalité du poète, nous espérons
qu'elle évoquera chez le lecteur quelque chose de poétique
et d'inspirant. La poésie de Goh Poh Seng nous projette
dans un imaginaire qui, bien ancré dans la réalité, transcende
le quotidien évoqué, et en ce sens, rejoint la poésie
des trois jeunes auteures qui ouvrent le numéro. Nous
somme heureux de vous la faire découvrir.
Bonne lecture !
Stéphane Despatie
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