Le numéro 51 d'Exit en librairie
Ce numéro réunit les textes des poètes Annick Chauvette, Dominique Robert, Alain Fisette et Robbert Fortin.
De plus, grâce à la précieuse collaboration de Rodney Saint-Éloi, la section Dialogue intitulée « Résonances haïtiennes » regroupe les poètes Gary Klang, Franz Benjamin, Emmelie Prophète, James Noël, Makenzy Orcel, Jobnel Pierre, Joël Des Rosiers et Rodney Saint-Éloi. Tous poètes d’origine haïtienne (et certains vivent toujours là-bas), ils nous font goûter à cette poésie singulière aux multiples résonances. Ils nous donnent un aperçu de ce qui s’écrit actuellement chez les poètes de la diaspora haïtienne, tout en témoignant de la diversité de cette poésie, tant au niveau des styles que des préoccupations.
Écrire est une fête créole
Dans les gorges de Camacala
où l'herbe garde le goût du sel
et se refait une langue mémoire
sous les pierres de Camacala
dorment des ailes d'archanges
et veille le chant des cascabelles.
Anthony Phelps
jusqu'à la débâcle crépitante et grave qui jette les villes
naines à la tête des chevaux les plus fougueux quand
en plein sable elles lèvent
Aimé Césaire
Je viens de plus loin que ma force
Davertige
René Depestre, dans Le métier à métisser, racontait
« [qu']écrire est une fête : [que] c'est la meilleure façon de
convertir l'angoisse en aptitude à la joie de vivre... ». Cette
affirmation me rappelle une phrase d'Émile Ollivier, jaillie d'un
entretien avec Jean Royer : « La joie littéraire, c'est
mon obsession. Je viens d'une culture où la littérature est
toujours en porte-à-faux. » Il affirmait du même souffle que
l'écrivain « coincé dans une sorte de commande sociale »,
ne peut faire de littérature. Ce qui nous ramène à Édouard
Glissant, qui confiait, à ce même Jean Royer : « Une littérature
existe quand des gens dans un pays, violemment ou
pacifiquement, contestent une oeuvre ou bien l'exaltent publiquement. »
Toutes ces paroles venues d'ailleurs ne peuvent
que nous interpeller comme poète québécois, comme
elles remettent sur la table ces cycliques interrogations sur
la littérature et, par ricochet, sur la notion de pays. C'est
pour ces ponts, ces questionnements, ces partages culturels,
qu'Exit tient à faire, sur une base régulière, une place à la
poésie d'origine étrangère. Dans ce numéro, vous pourrez
lire huit poètes d'origine haïtienne : Gary Klang, Franz Benjamin,
Emmelie Prophète, James Noël, Makenzy Orcel,
Jobnel Pierre, Joël Des Rosiers et Rodney Saint-Éloi. Ils
proviennent de différentes générations et abordent tous les
thèmes, écrivent dans tous les styles. Précédant la section
Dialogue intitulée Résonances haïtiennes, nous avons la
chance d'offrir à lire des inédits d'Annick Chauvette, de
Dominique Robert et d'Alain Fisette. Grâce à ces textes,
se côtoient les thèmes de l'état limite, de la réalité, de
la rupture, de l'amour et celui de l'écriture ou du moins de la
résonance littéraire dans le monde et autour de nous. Le
dénuement, l'humour et l'humour noir, le détachement,
la distance, le tourbillon de la vie et le vertige viennent ici,
influencer le souffle, l'emportement et surtout la forme.
C'est d'ailleurs peut-être ce qu'il y a de plus remarquable
chez ces trois poètes : cette manière de conjuguer le besoin
de dire et l'avancée ou la position formelle. Écrire est une
fête, disions-nous...
En terminant, je voudrais dédier ce numéro à la mémoire
de Robbert Fortin, un ami et un collaborateur régulier de la revue,
dont nous publions à nouveau un de ses
poèmes, ainsi qu'à Aimé Césaire, poète martiniquais, tous
deux décédés en avril dernier.
Bonne lecture !
Stéphane Despatie
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